Platys Gialos, 1980

Platys Gialos, 1980
Charlotte Mont-Reynaud, Platys Gialos, Mykonos 1978

mardi 9 janvier 2024

Au cœur du cœur

 


Il m’est difficile d’écrire des/mes vœux cette année.
Peut-être parce que je me sens dans une plus grande authenticité vis-à-vis de moi-même.
Peut-être parce que je n’ai pas eu envie de forcer quoi que ce soit, en suivant un mouvement qui n’aurait pas été le mien. Le 1er janvier, j’ai préféré profiter de ma fille et rester loin des écrans de toute sorte, et ce pendant toute la semaine qui a précédé sa rentrée (et la mienne) lundi 8 janvier.
Aujourd’hui, ce 9 janvier me donne l’envie et l’élan pour tenter d’écrire quelque chose.
Je me dis que les vœux sont finalement quelque chose de très personnel. J’ai beaucoup aimé les vœux de Cécile Coulon et leur joli contre-pied. J’aime toujours les vœux de Mélanie Leblanc, même si je n’ai pas encore eu la chance de découvrir ses 108 vœux récemment parus aux Venterniers. Je crois évidemment à la puissance des mots et à la puissance de l’intention.
La période est trouble. Très trouble. Le monde est empli de peurs de toute sorte, tant de choses semblent se rigidifier, régresser, se diviser, le pouvoir rend fou, le monde marche sur la tête, on décime la planète, la souffrance des déplacés est légion… Cela m’atteint mais je n’ai pas envie de nourrir ce qui me dévaste. Je choisis de me recentrer, de mettre mon énergie sur ma sensibilité propre, sur ce qui fait sens, sur le sensible, le fragile, sur ce qui me touche et touchera peut-être une sœur/un frère humain.e.
A présent, je suis prête à laisser derrière moi d’anciens schémas, d’anciennes manières de faire ou de percevoir certaines choses, qui ne me conviennent pas/plus. Je suis prête à de plus en plus d’authenticité envers moi-même, même si cela ne va pas avec le « plan de vie prévu », et que c’est à contre-courant des schémas ou modèle de vie/ de pensée ‘comme il faut’ et décevant pour certain.e.s (famille, ami.e.s…).
Je crois qu’enfin, je me rapproche de ce lieu où je n’ai plus peur de décevoir (le pire serait de me décevoir moi), notamment celle qui m’a conçue. Parce que la seule chose qui compte, c’est ce à quoi j’aspire, ce vers quoi mon cœur me porte. Je ne veux pas d’étiquettes, aucune ne me convient. Les étiquettes que l’on pose sur moi ne m’appartiennent pas. Elles sont les projections de celles et ceux qui les énoncent.
J’aspire à trouver ma place en ce monde en embrassant mon cœur et ses vibrations pures de joie et de vie, comme le cœur d’un enfant. J’aspire à tout ce qui peut contribuer à faire rayonner mon cœur, l’envie d’être dans ma vérité, dans ma singularité, d’être dans le faire (de cesser de me poser mille questions qui paralysent, parce que ce ne serait pas assez ceci ou cela), le désir de créer et développer ce qui me fait vibrer et que j’ai à cœur de faire partager (même si j’ai souvent la sensation de vivre dans un autre monde et/ou d’être en décalage).
La vie est incertaine. Tout est fragile. Nous sommes tous fragiles. Je suis au cœur de ce fragile. C’est souvent de ce lieu que j’écris. Je ne sais pas vraiment ce que j’y trouve. Je sais que c’est essentiel et que j’y trouve un certain apaisement. Je sais que l’écriture est une forme de consolation, même si elle ne soigne pas et ne répare pas. L’écriture n’est peut-être qu’une tentative de réponse à tout ce qui m’échappe, tout ce que je ne comprends pas et tout ce que je voudrais retenir.
Mon chemin de résilience est long (il a commencé il y a longtemps, mais le cœur ne tient pas de comptes). Les mots de Neige Sinno dans TRISTE TIGRE résonnent particulièrement, même si elle parle de l’inceste et moi d’une autre blessure de l’intime. Elle dit ceci « Ce qu’il y a d’insupportable dans la résilience, c’est l’idée que toute cette souffrance ne conduise finalement qu’à être normal. Accepter que ce que les autres ont sans effort, sans même en percevoir la valeur, ne nous est donné qu’au prix d’une double peine : le martyre et ensuite le chemin de croix de la guérison. (…) ». Cette impression de double peine et de fatigue par rapport aux efforts que demandent un travail sur soi me parlent beaucoup.
Je ne veux pas renoncer avant d’avoir commencé, j’ai envie de me donner de l’amour, de la douceur, de la joie. Cela peut sembler banal et naïf. Pourtant choisir l’Amour plutôt que la peur est un très grand projet. Il est temps pour moi de me donner l’opportunité d’être celle que je suis profondément, en suivant mon cœur, en écoutant mon âme. Chaque chose se fera en son temps. Puisque tout arrive pour une raison, chaque fois, au bon moment.
Je prends le pari du beau, le pari du doux, le pari du cœur.
Le pari de cette écoute et de cette douceur fondamentale que l’on devrait s’accorder en s’écoutant profondément, pour aller là où l’on a envie d’aller, pour vivre ce que l’on a envie de vivre, en suivant sa petite voix, celle qui sait.
L’année qui se profile est un immense point d’interrogation.
Je ne sais pas ce que demain me réserve et ni à quoi ressemblera 2024.
Qu’importe, je choisis de me faire confiance.
De faire confiance à mon intuition, à la vérité de mon cœur.
Je sais que j’ai besoin de rejoindre une manière unique d’être au monde, j’ai besoin de vivre et de respirer au rythme de ma sensibilité (trop longtemps cachée derrière un faux self et un mental oppressant et tyrannique, un ego qui pensait détenir la vérité. Je me bagarre encore contre lui, mais j’ai appris à le reconnaitre quand il se pointe et à le mettre de côté pour faire de la place à l’essentiel : l’essence de ce cœur qui sait) pour être dans le juste et dans ce qui sonne vrai.
Je vous souhaite de suivre votre cœur (quel que soit l’endroit où il vous mène) et tout ce qui le fait battre plus fort.
Je vous souhaite d’être au cœur du cœur, pour y puiser votre feu.
© Charlotte Mont-Reynaud
Cyanotype réalisé en 2023.

jeudi 4 janvier 2024

NAITRE ENCORE dans la revue DIERESE 88

 




J'ai la joie de découvrir la très belle recension d'Eric Barbier consacrée à mon recueil NAITRE ENCORE publié aux Editions L'Ail des ours dans la revue DIERESE N°88. Qu'il en soit chaleureusement remercié. Ainsi que Sophie Grenaud, sans qui je serai sans doute passée à côté !
Les peintures sont de l'artiste Cécile A. Holdban, alias Vinca Alba Minor
Mon livre, paru en avril 2023, est toujours disponible sur le site de l'éditeur ainsi que chez certaines librairies (équipées du réseau DILICOM, le réseau du livre).

J'ai également quelques exemplaires si vous souhaitez votre exemplaire dédicacé.

Belle et douce année à tous
Charlotte

dimanche 24 décembre 2023

𝑵𝒐𝒖𝒗𝒆𝒍𝒍𝒆 𝒔𝒆́𝒓𝒊𝒆 𝒇𝒐𝒓𝒎𝒂𝒕 𝒄𝒂𝒓𝒕𝒆 / 𝑽𝒆𝒈𝒆𝒕𝒂𝒍 𝒂𝒓𝒕

 


𝑵𝒐𝒖𝒗𝒆𝒍𝒍𝒆 𝒔𝒆́𝒓𝒊𝒆 𝒇𝒐𝒓𝒎𝒂𝒕 𝒄𝒂𝒓𝒕𝒆 / 𝑽𝒆𝒈𝒆𝒕𝒂𝒍 𝒂𝒓𝒕
Créations poétiques uniques.

Reste à trouver la solution et le prestataire pour les reproduire et les proposer à la vente !
A suivre…
©Charlotte Mont-Reynaud
{ Collages - nouvelle série au format carte 5.5cm x 8.5cm en cours }

samedi 23 décembre 2023

Fragment

 

𝑶𝒏 𝒅𝒆𝒗𝒓𝒂𝒊𝒕
𝒕𝒐𝒖𝒋𝒐𝒖𝒓𝒔 𝒆̂𝒕𝒓𝒆 𝒏𝒖.𝒆
𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒑𝒂𝒓𝒍𝒆𝒓 𝒗𝒓𝒂𝒊
©Charlotte Mont-Reynaud.

C'est extrait de mon poème 𝑶𝒏 𝒅𝒆𝒗𝒓𝒂𝒊𝒕 𝒕𝒐𝒖𝒋𝒐𝒖𝒓𝒔 𝒆̂𝒕𝒓𝒆 𝒏𝒖.𝒆 mis en voix hier.
C'est le contraire de l'incipit, peut-être l'explicit (?) mais j'avoue, j'en suis pas sûre ! Bref, c'est la fin de mon poème.
Si vous avez raté l'audio, la publication Instagram du 22.12 est ici. Il est sur FB.

vendredi 22 décembre 2023

On devrait toujours être nu.e

 

Ce texte est d'abord un audio pour l'entendre, c'est sur mon profil Facebook, ou mon profil Instagram.
 
𝑶𝒏 𝒅𝒆𝒗𝒓𝒂𝒊𝒕 𝒕𝒐𝒖𝒋𝒐𝒖𝒓𝒔 𝒆̂𝒕𝒓𝒆 𝒏𝒖.𝒆

Rendez-vous était pris
après les bols chantants
l’eau et le sel du dedans
ressortis par à-coups, par bourrasques,
pas tout à fait boîte de Pandore, pas encore
les flux s’autorisent un peu
jamais totalement
pourtant la matière à viscères
n’est pas ce qui manque
c’est toujours l’injonction à taire
qui prend le dessus, « pas parler »
parce que si tu parles
qui sait ce qui peut arriver
mais avec elle, avec L.
ça coule, c’est fluide
les mots arpentent la trachée
glissent sur mes dents
se font catapulter
pour sortir de ma bouche
avec elle, la communication est aisée
et même si mes mots trébuchent ou peinent
l’essentiel passe, même si c’est pas parfait
pourquoi c’est pas pareil ailleurs,
pourquoi ailleurs ça coule pas
est-ce qu’il faut sortir de sa maison
pour parler au grand Air,
pour parler à cœur Ouvert
des années que je chemine
et espère la parole du cœur
des années que j’explore et entrevois
par moment, où je voudrais aller
de cœur à cœur, de viscère à viscère
comment je voudrais aimer
et comment toujours je me fourvoie
me prends les pieds dans le tapis
j’y arrive pas, j’y arrive pas
soit je me tais, soit j’aboie
ne pas noyer ma colère
la prendre dans mes bras
comme une sœur
pour la bercer, bercer, bercer
la bercer sans armes
la bercer de larmes
 
le rendez-vous était pris
le rendez-vous était beau
plus de comparaison ni de partie pris
seulement prendre le pari du beau
le pari du vrai, le pari de la rencontre
près du bassin de Cucuron, cigales dans les oreilles
où des vérités se disent en roulant sur la joue
sans pudeur, parce que quand j’aime
je n’en ai – presque – pas
ça gomme les costumes,
les écorces, tous les apparats
j’étais nue ce jour-là
on devrait toujours être nu.e
pour parler vrai
 
@charlotte_montreynaud
PS : L. se reconnaitra. Bisous ma Laura 
(Texte du 01.08.2023, après cette si belle journée du 31.07.2023 passée ensemble, que je n'avais pas osé publié).
 
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jeudi 21 décembre 2023

Don’t leave me now

 

Texte improvisé sur "Don’t leave me now" de Supertramp.

C'est un audio fait à l’arrache en une seule prise (et oui, parfois, je m’autorise, je me lâche la grappe, rien n’est parfait et c’est sans doute mieux comme ça), pour l'entendre, c'est sur mon profil Facebook, ou mon profil Instagram.

Grosse pensée pour Laura Schlichter, parce que tu sais, et même si tu sais pas, t’es toujours un peu là avec moi.

Elle est en voiture. Elle vient de quitter Couteron (elle pense Cucuron, mais ça, c’était un autre moment, encore un texte qu’elle aurait dû écrire et qui ne s’est pas écrit ou qui s’est écrit sans qu’elle ose le partager, parce que c’est toujours compliqué de s’accueillir en entier).
Elle a mis la radio, pas les infos, ça elle peut pas. RFM ou un truc du genre (je sais les gars, y’en a qui connaissent pas. La meuf, c’est une daronne. Elle a un gosse et des ch’veux blancs, qui sont sortis bien avant).
Elle se sent bien, c’est assez rare pour le signaler. Elle a posé, sans faire gaffe, un léger sourire sur son visage. Peut-être que je suis la seule à voir, parce que je suis assez près. La musique démarre. L’introduction prend son temps. Au début, c’est doux. Si doux ce saxo-là. Elle a l’impression d’entendre une flûte mais c’est peut-être autre chose. Elle ne reconnait pas la chanson tout de suite. Les notes du synthé et de l’orgue arrivent et là… Là, c’est parti. Quelque chose se passe. Quelque chose qu’elle n’explique pas (ça vous a déjà fait ça j’en suis sûre). Ça la transperce. Ça la fracture littéralement. C’est venu comme un truc qu’on n’attend pas. Même si cette musique, elle la connait par cœur ou presque. En tout cas, ça faisait des lustres qu’elle l’avait pas entendu. La batterie et la guitare éclatent. Et ça éclate en elle. En écho. En torrent. Un torrent violent comme une colère latente qui aurait couvée trop longtemps sous la peau. Elle ne s’identifie pas à ce qui se dit, aux paroles. Elle, elle ne veut retenir personne. Elle veut plutôt quitter. Quitter. Elle n’a presque plus peur de prononcer ce mot.
Elle est prête à quitter des parts d’elle-même et tout ce qui ne lui convient pas.
Beaucoup de choses se mélangent dans sa tête. Elle revoit la cassette de Breakfast in America de son père, ça la ramène des années en arrière, quand elle vivait chez papa/maman et n’était pas encore indépendante. Tiens, ça lui fait bizarre d’écrire ça, « pas indépendante », parce qu’aujourd’hui elle sent quelque chose qui la ramène à ça. Elle sait qu’il faudra qu’elle soit patiente. Patiente et douce. Qu’il faudra faire de la place. Pour accueillir la suite. Qu’il faudra croire qu’un avenir radieux est devant.
Chaque jour elle met des trucs dans ses oreilles pour se convaincre du bon, du chaud, de la lumière. De tout ce qu’elle n’a pas connu et qu’elle doit aller récupérer à la hache ou en creusant au fond d’elle-même. Elle ne sait pas si elle y arrive. Si elle va réussir. Mais je peux vous dire qu’elle essaie. Oh oui bon Dieu, elle essaie si fort. Elle se dit que tout le monde mérite, que tout le monde a droit au bonheur (même si elle a longtemps été convaincue du contraire, comme si elle était le vilain petit canard ou qu’elle avait tiré le mauvais numéro). Evidemment qu’elle mérite. Evidemment qu’on mérite tous un petit coin tranquille pour pousser, pour espérer se réaliser. Et puis, aujourd’hui, 21.12, les anges sont là. Peut-être que ce « Don’t leave me now », c’est à elle qu’elle se l’était adressée ce jour-là. Pour qu’elle ne se laisse pas tomber. Qu’elle y croit plus fort que tout, cette fois. Parce que sa vie en dépend. Et tout ce qui est à venir. Bon, sinon, au départ, elle devait juste écrire un texte sur la métalepse.

@charlotte_montreynaud