Platys Gialos, 1980

Platys Gialos, 1980
Charlotte Mont-Reynaud, Platys Gialos, Mykonos 1978

vendredi 8 décembre 2023

Je suis l'enfant

 

𝑱𝒆 𝒔𝒖𝒊𝒔 𝒍'𝒆𝒏𝒇𝒂𝒏𝒕, c'est un audio (pour aller l'écouter, il faut aller sur mon profil FB ou sur mon profil Instagram). C'est en réponse à l'appel de Luc Marsal : #JeSuisLenfant

Je suis l’enfant oublieuse
qui ne sait plus
l’enfant qu’elle était
cherche l’enfance
au coin de photos jaunies

Je suis l’enfant fragile
« handle with care »
qui tétanise à chaque séparation
qui ne connaitra jamais
la fin des classes de neige,
classes vertes ou colos
l’enfant piquée pour être soulagée
pour retrouver un souffle clair
loin de ses gouffres latents

Je suis l’enfant cadeau
qui offre des mouchoirs brodés
avec son argent de poche,
dans des jolies boites pour papa/maman
peut-être déjà ringarde à 9 ans

Je suis l’enfant de l’air
des bois et des étangs
oublieuse des heures
éleveuse free-lance de têtards
taxidermiste, croque-morts de papillons
à grandes goulées d’air
j’avale la vie que je reçois

Je suis l’enfant peau
qui ne sait où chercher refuge
ailleurs que dans les sourires
même le factice parfois tient chaud

Petite lolita à ses heures
mini jupes tube rose fuchsia
cousu par maman
j’embrase à tout va
parmi les premières de la classe
portée par les regards
et l’engouement d’un corps
qui s’éveille aux rythmes de la danse

Je suis l’enfant collection
timbres, pierres, pins,
vignettes dont j’ai oublié le nom
miniatures de parfums, cartes téléphoniques…
objets d’un autre monde, autre temps
amassés pour remplir ce qui ne sait se nommer

Je suis l’enfant amoureuse
de l’Amour dès 11 ans
d’un archétype incarné
que je prends pour un Dieu vivant
celui-là me regarde, celui-là me voit
perçoit ce que personne n’a remarqué
peut-être bien que je vaux quelque chose finalement

Je suis l’enfant qui ne joue pas
qui a oublié les jeux de l’enfance
qui n’a que quelques flashs
qui ne sont peut-être pas les siens
élastique, marelle, chat

Je suis l’enfant qui cherche
des réponses qui ne viennent pas
qui voit très tôt que quelque chose
dysfonctionne dans cette famille-là

Je suis l’enfant sourire
« souris, sois belle, fais plaisir »
toujours plaire, faire plaisir
ça prend du temps de se défaire
du désir de plaire
du désir de faire plaisir
sous couvert de politesse
ça coûte trop cher ces conneries-là
les yeux de la tête pour sortir des schémas
de ce que je prenais pour de l’amour comptant

Je suis l’enfant jolie, jolie, oh oui…
surtout rester jolie, bien sage
ne pas grimacer, ne pas faire de vague,
ne pas risquer d’abîmer le vernis d’une famille
nucléaire libérale, heureuse et normale

Je suis l’enfant des pôles contradictoires
sage et petite voleuse, jamais prise, non
pour le frisson, l’adrénaline
à chercher toujours le vivant
dans le pli des blessures
de l’amour heurté
là où ça vibre fort
même si ça sonne faux

Je suis l’enfant qui ne se souvient pas
des bras enveloppants,
des histoires du soir,
je suis celle qui cherche encore
la douceur de ces âges
que l’on dit tendres

Je suis l’enfant qui recoud
chaque jour la tendresse
à rebours, en partant du dedans


Je suis l’enfant silence, empêchée
l’adulte qui hurle tout ce qui n’a pas
pu se dire, enfant
à qui l’on ne peut refuser le récit
même si on lui dit qu’elle ment

Je suis celle qui répare
- ça prend du temps –
les plaies mobiles de l’enfant
abrité par un corps devenu grand

Je suis l’enfant
qu’un poème
ne peut contenir
comme tous les enfants-monde

© Charlotte Mont-Reynaud
© Photo Charlotte Mont-Reynaud, Platys Gialos, Mykonos 1980

mardi 28 novembre 2023

Ma fille est un fil #13

 

𝑀𝑎 𝑓𝑖𝑙𝑙𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑢𝑛 𝑓𝑖𝑙 #13

Ma fille est un fil
le pont entre
le petit et le grand moi

©Charlotte Mont-Reynaud

Extrait d’un projet en cours - dont la forme définitive se cherche encore - mêlant photos, mots & fils (photo poésie, livre pauvre encre, fil & papier)
{Ma fille est un fil 13}

jeudi 23 novembre 2023

Donne toi tout

 


"𝑫𝒐𝒏𝒏𝒆 𝒕𝒐𝒊 𝒕𝒐𝒖𝒕" (c’est une phrase que je reprends du merveilleux podcast CHEMIN ROUGE, épisode #11, « L’amour de soi selon la pensée autochtone »).
De l’importance de se donner de l’amour.
D’où que l’on vienne.
Même si l’on vient (ou revient) de loin.
Surtout si l’on (re)vient de loin.
J’avais tous les mots ce matin, à moitié endormie, qui se présentaient à moi.
Je crois qu’ils sont partis, je crois... Je ne sais pas.
Tant pis. Je retranscris les mots tels qu’ils me viennent à cet instant.
Je crois qu’il est temps de se donner de l’amour. De se donner à soi.
De se donner l’opportunité de naître à soi, à travers l’Amour.
L’Amour de son soi véritable. Hors masque, hors posture, hors tout.
Pour trouver qui l’on est intrinsèquement.
Dans la vérité du cœur. Dans cette intuition-là.
Le chemin est souffrant, chaque jour est couvert d’abondantes rivières, mais l’eau lave, nettoie, purifie.
Je sens que j’avance sur ce chemin.
Je sais que je vais m’autoriser de plus en plus, même si, pour le moment, tout est timide, fragile.
Comme, il m’est, aussi, difficile de dire non.
Je commence, maladroitement. J’apprends.
J’ai commis des erreurs, j’en commets encore.
Je me pardonne. J’essaie d’être douce.
Je sais aujourd’hui où je veux aller, même si je ne sais pas encore à quoi cela ressemble précisément.
Je sais que j’ai besoin de rejoindre une manière d’habiter poétiquement le monde.
Une façon unique d’être au monde, qui me ressemble, qui me soit propre.
Je veux suivre mon cœur uniquement à présent.
Je ne serai guidée que par lui, qu’importe les conséquences.
Ce matin, je me disais, comme je l’ai longtemps cru, que le luxe, c’était l’espace (j’aime les grands espaces, j’avoue), mais c’est faux, en partie.
Le luxe, le vrai luxe, c’est la liberté.
La liberté d’être soi, dans toute sa singularité, dans toute son unicité.
C’est ma quête, depuis plusieurs années déjà.
Le chemin est long, je le sillonne, la vie m’apprend, me déprend, m’automne, me moissonne.
J’ai tant à apprendre, tant à dénouer, pour relier ensuite.
Pour le moment, c’est souffrant de se départir mais j’avance, doucement.
Je sais que de très belles choses m’attendent, dans la nudité du cœur.
𝑩𝒂𝒓𝒋𝒂𝒗𝒆𝒍 disait « 𝑳𝒂 𝒗𝒆́𝒓𝒊𝒕𝒆́, 𝒄’𝒆𝒔𝒕 𝒄𝒆 𝒒𝒖’𝒐𝒏 𝒄𝒓𝒐𝒊𝒕 » et bien je ne crois qu’en la vérité du cœur.
En la vérité de mon intuition, qu’importe où elle m’emmènera, je sais qu’elle seule détient la vérité.
Ma vérité. Celle qui est juste pour moi, pour me réaliser en ce monde.
𝑰𝒍 𝒆𝒔𝒕 𝒕𝒆𝒎𝒑𝒔 𝒅𝒆 𝒓𝒂𝒍𝒍𝒖𝒎𝒆𝒓 𝒍𝒆𝒔 𝒆́𝒕𝒐𝒊𝒍𝒆𝒔, disait Apollinaire.
Il est grand temps également de prendre source dans les sagesses populaires.
Que ce jour vous soit doux, où que vous soyez et d’où que vous veniez
{Collage réalisé ce jour, pièce de bois trouvée sur mon chemin, création isolée}
© Charlotte Mont-Reynaud